Monde
En Turquie, le génocide arménien sans polémique
Un documentaire a pu être projeté sans provoquer de levée de
boucliers.
Par Ragip DURAN
QUOTIDIEN : lundi 28 mai 2007
Istanbul de notre correspondant
«U n jour ou l'autre, dans un temps pas si lointain, je l'espère,
les nationalistes de tous bords comprendront que l'essentiel est
de quitter d'abord la honte. Car nous avons pour la plupart, au
fond de nous-mêmes, honte. Honte d'être la victime ou d'être le
bourreau. Honte de haïr l'autre, alors qu'il est proche. Honte
de ne pas pouvoir se parler sans que l'autre se sente coupable
ou accusé. Cette honte de passer son temps à nier ou à faire la
preuve. Cette autre honte de ne pas pouvoir dire à nos enfants...
c'est terminé, on passe à autre chose», disait Serge Avédikian,
le réalisateur français de souche arménienne, lors de la session
de clôture des 5e Rencontres internationales d'Istanbul pour la
liberté d'expression, juste avant la projection de son film,
Retourner . Il s'agit d'un documentaire sur Soloz, le village
natal du grand-père d'Avédikian, déporté en 1922 lors du
génocide arménien, un sujet qui demeure tabou en Turquie. Le
film, projeté pour la première fois dans le pays, montre
l'ignorance, les préjugés des Turcs d'aujourd'hui sur la
question arménienne, mais également l'hospitalité de ce petit
village de Bursa (région de Marmara), aujourd'hui peuplé de
Pomaks (musulmans bulgares), eux-mêmes déportés de la ville de
Drama, en Grèce, en 1923. Le film a été très bien accueilli par
le public turco-arménien d'Istanbul à l'Université de Bilgi, qui
récidivait après avoir organisé l'année dernière la toute
première conférence sur «les Arméniens de l'Empire ottoman» .
Une conférence qui avait provoqué de nombreuses polémiques en
Turquie, alors que l'édition de cette année, malgré son
ouverture aux voisins et à la question arménienne, s'est déroulé
sans problème. Sanar Yurdatapan, organisateur des Rencontres,
était satisfait de cette édition : «Nous nous sommes concentrés
cette année sur nos voisins. Les représentants des ONG des pays
qui nous entourent sont venus nous expliquer où en était la
liberté d'expression dans leurs pays respectifs. Ce fut en même
temps une bonne occasion pour la réunion à Istanbul des
militants de notre région qui luttent pour la démocratie, pour
les libertés.»
http://www.liberation.fr/actualite/monde/256494.FR.php
© Libération